En vieillissant les hommes pleurent

Peut-être qu'en vieillissant les hommes pleurent, mais moi je n'ai pas attendu pour que ce magnifique roman me tire une larme. J'en sors soufflée et émue. Séduite, mais le c½ur serré.

Albert est un ancien. Il n'a que 50 ans mais il appartient au passé, il aime le passé, il ne se reconnait pas dans cette modernité qui envahit petit à petit sa vie. Sans amertume, il va au cours de cette unique journée, revenir sur les renoncements qui ont marqué son existence, et surtout sonder les replis de son c½ur. Sous des dehors de colosse, c'est en fait un homme fragilisé luttant maladroitement contre une vague qui le noie peu à peu. Un témoignage touchant. Puis au spleen succède la force de l'hommage : un dernier chapitre en aparté, sorte de post-scriptum qui m'aura marquée plus profondément encore. La ligne Maginot, le grand mensonge du siècle. Bouc-émissaire d'une défaite dont elle n'est pas responsable, elle cristallise encore aujourd'hui la honte des soldats défaits par cette d...

Lire la suite...

Assez de bleu dans le ciel

J'ai retrouvé Maggie O'Farrell ! Après un léger passage à vide avec « En cas de forte chaleur », elle signe ici une épopée magistrale, de la trempe de ses plus grands romans. Comme à son habitude, c'est en mêlant les époques et les points de vue qu'elle bâtit, pierre par pierre, telle une architecte des mots, une fresque immense. Une construction impressionnante, centrée sur deux personnages principaux, Daniel et Claudette, mais riche de tous ceux qui les entourent, et où, à l'instar du battement d'aile d'un papillon, chaque détail à son importance.

La narration est étourdissante de justesse, s'adaptant chapitre après chapitre à l'humeur, à l'époque, au c½ur de ses personnages. Tous portent sur eux-même un regard étrangement distancié. Tous nous livrent leur failles et leurs émois, en toute humilité, en toute humanité. Ce livre n'a pas un sujet, mais mille. Deuil, divorce, alcoolisme, infertilité ...

Lire la suite...

En cas de forte chaleur

Été 1976, la canicule s'abat sur la Grande-Bretagne. Réunie par la fugue inopinée du père, la famille Riordan règle ses comptes. Sous la fournaise, les langues se délient tandis que les liens distendus petit à petit se resserrent...

Le problème quand on lit un roman d'un de ses auteurs préférés, c'est qu'on prend le risque d'être déçu. Ce qui aura été mon cas ici, du moins en partie. Car même si la qualité du roman reste indéniable, l'intrigue est un peu trop convenue, j'avais compris l'essentiel à la page 260. Mais surtout, j'ai trouvé la fin vraiment bâclée, notamment en ce qui concerne Aoife*. Quel dommage que ce personnage, pourtant si complexe, si riche ne soit pas plus développé ! Elle aurait presque mérité un roman pour elle toute seule. Clairement, Maggie O'Farrell a préféré se concentrer sur les liens familiaux que sur son intrigue ; car entre secrets évidents et indices tombés du ciel, la poursuite du père est digne d'une enquête du Club des Cinq (ceci étant d...

Lire la suite...

Le petit Bonzi

Quand je lis un roman de Sorj Chalandon, je deviens empathique, et le Petit Bonzi n'échappe pas à la règle. Tout au fil du livre, j'ai éprouvé de la solitude, de la peine, et surtout un fort sentiment d'abandon. De l'abandon que ressent un enfant lorsque, drapés dans leur "sagesse", les adultes ne comprennent pas ses souffrances, ne les voient même pas. Le petit Jacques m'a ramené 30 ans en arrière, il m'a serré les tripes comme quand j'avais son âge. Je me suis revue, démunie face à ces petits mensonges qui enflaient dans ma tête, et ces bêtises qui me paraissaient insurmontables ; on a beau dire « Petit, petits soucis, grand, grands ennuis », les petits soucis de Jacques m'ont semblé accablants, comme à lui. Et j'admire tellement Sorj Chalandon pour ça ; pour être capable, malgré son vécu – ou peut-être grâce à ce vécu – de comprendre, et de me rappeler à quel point il n'est pas facile d'être un enfant.

...

Lire la suite...

Elinor Jones

Séduite au premier regard par le graphisme en couverture, et par le fait que les 3 tomes soient disponibles en même temps à la bibliothèque (rien ne m'agace plus que de commencer une série sans en trouver la fin !), j'ai emprunté les Elinor Jones comme ça, sur une impulsion et sans savoir qu'en attendre.

Alors soyons clair, c'est une bande-dessinée qui s'adresse à un jeune public, il ne faut donc pas trop lui en demander en terme de profondeur et de réflexion, mais tout de même j'ai trouvé l'intrigue intéressante et plutôt bien construite. Certains sujets sont un peu trop survolés à mon goût, comme l'anorexie de l'héroïne ou les ennuis de monsieur Tiffany, mais sûrement le support BD y est pour beaucoup. Raison pour laquelle je n'en lis que rarement.

Tout de même, s'il est vrai que la trame pêche un peu par sa simplicité, l'esthétisme lui est une vraie réussite. Les décors sont superbes, et les costumes tout simplement fantastiques ! Avec quel plaisir ai-je i...

Lire la suite...

Le Puits Des Histoires Perdues

Thursday – imitée par son dodo Picwick – attend un bébé. Traquée de toutes parts dans le monde réel, elle trouve refuge dans « Les hauts de Caversham », un polar de seconde zone dans lequel elle va remplacer l'héroïne pour quelques temps, tout en poursuivant aux côtés de la flamboyante Miss Havisham son apprentissage d'agent de la Jurifiction.

Troisième opus des aventures de Thursday Next, « Le puits des histoires perdues » est un peu moins palpitant que les précédents. La présentation détaillée du Puits et de son organisation complexe y est sans doute pour beaucoup. Cela dit, malgré un rythme plus lent et une intrigue plus longue à se mettre en place, c'est avec un plaisir comparable que j'ai dévoré ce tome. Certaines scènes sont hautement jubilatoires, comme l'atelier "Gestion de la colère" dans « Lire la suite...

Leïla, fille de Gomorrhe

Suite à la défaite de l'empire Ottoman dans la Grande Guerre, İstanbul * est occupée par les armées Alliées. Les britanniques surtout sont omniprésents, se pavanant en pays conquis, foulant au pied culture et traditions, répandant leur vice avec nonchalance. La société turque elle, fait face tant bien que mal à cette humiliation, tiraillée entre haine et opportunisme. Devenue une société de paraître, la haute bourgeoisie se répand en mondanités qui rappellent, en plus épicées, celles toutes Victoriennes des Austen et consort.

C'est dans ce milieu en plaqué or que la vénéneuse Leïla affole les passions. Jeune, riche et jolie, elle brille de mille feux alternant cajoleries et bravades comme une enfant capricieuse. Sa personnalité est un curieux mélange entre la frivolité d'une Lydia Bennet...

Lire la suite...

Le sentier des reines

Savoie, hiver 1920

Après le décès brutal de leurs hommes, Blanca et Pauline accompagnées du jeune Florentin prennent la route en secret. Nécessité de survie pour reprendre l'activité de colportage des disparus ou fuite en avant pour échapper à l'atmosphère délétère du village, c'est le début d'un voyage étonnant à travers un pays meurtri...

Femmes de caractère

Blanca, l’aînée forte en gueule et en actes, est le moteur du groupe. Armée d'un féminisme instinctif, assoiffée de découvertes, elle avance coûte que coûte malgré l'hostilité masculine omniprésente. Pauline elle est plus discrète. Au premier regard, on pourrait la croire soumise, mais sous des dehors fragiles elle cache une femme vaillante, prête à s'offrir une vie meilleure. Complémentaires, elles vont réussir à se faire une place dans un siècle qui n'aime ni leur audace ni leur émancipati...

Lire la suite...

Nous rêvions juste de liberté

Une tragédie moderne. Une tragédie moderne, brillante et pleine de vie. Les premières lignes ne laissent aucun doute, tout ça va mal finir. Et pourtant, hormis des toutes dernières pages, il se dégage de ce roman un sentiment de bonheur incroyable. Les kilomètres de route avalés cheveux et sourire au vent, les nuits à la belle étoile, la fête à n'en plus finir, et surtout l'amitié, la fraternité qui ruissèle des pages... Sexe, drogue & rock'n roll baby !!!

Je n'ai rien à reprocher à ce roman si ce n'est le mariage entre argot motard-loubard et phrasé naïf enfantin. Quand un Bohem gouailleur et jureur sort des phrases comme « j'avais de l'émotion partout dedans » ou encore « ça nous ouvrait bien grand les yeux qui brillent », son image en prend un vilain coup ! Je trouve que ça sonne artificiel, comme un outil utilisé pour attendrir le lecteur – alors que, soyons sérieux, le récit brut est suffisamment émouvant à lui tout seul pour se p...

Lire la suite...

Top dix 2016

Cette année 2016 aura été pour moi bien moins riche en lecture (une trentaine de livres seulement) et en coups de c½ur que la précédente. C'est comme ça, il y a des années avec et des années sans. Cela dit, j'ai quand même fait quelques belles découvertes...


1 - Replay (Ken Grimwood)

S'il y a bien un livre qui m'a marquée cette année c'est celui-ci, et pourtant, il est très loin de mon univers littéraire habituel. Un vrai coup de c½ur, encore amplifié par son côté inattendu.

2 - L'élégance des veuves (Alice Ferney)

Tout en délicatesse, un vrai petit bijou poétique et bouleversant. Mention spéciale pour...

Lire la suite...