Pivoine

J’ai été très étonnée par ce roman qui est loin d’être ce à quoi je m’attendais. Chez Pearl Buck, ce sont toujours les personnages qui font le roman. Mais si le plus souvent c’est une femme qui en est au c½ur, on s’écarte ici du chemin habituel en s’attardant sur les états d’âme d’un homme. Car même si Pivoine n’est jamais loin, c’est bien David qui tire le récit, tiraillé entre son appartenance au peuple Juif et son attirance pour la Chine et ses plaisirs.

Comme dans Vent d’Est, Vent d’Ouest, la rencontre des cultures – et même des religions – est le sujet de fond, mais ce qui était un choc frontal devient dans la maison d’Ezra une fusion lente, la joie de vivre et la sagesse chinoise étouffant l’éternelle tristesse juive.

Quant à Pivoine, la « petite esclave chinoise » an...

Lire la suite...

Le Nom de la rose

Ma première rencontre avec Umberto Eco ne fut pas une réussite. Un bac blanc de français, un horrible voyage avec un saumon (1) et une très mauvaise note plus tard, j'éprouvai pour lui une forte aversion qui me tint éloignée de ses écrits pendant plus de 20 ans ! Et puis, comme on dit, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ; alors contrairement à mes habitudes, j'ai cédé aux sirènes de la médiatisation qui,  depuis qu'il a eu le culot de disparaître ne tarissent plus d'éloges sur cet immense génie – mais combien de ces journalistes éplorés avaient déjà posé les yeux sur un de ses textes auparavant ?! – et j'ai donc ouvert avec une appréhension non dissimulée « Le nom de la rose ». Et je l'ai lu. Et j'ai aimé !

Dire qu'on est en présence d'un roman facile à lire serait un mensonge plus qu'éhonté. Umberto Eco est un linguiste de génie qui n'hésite pas à ...

Lire la suite...

La honte

Si vous cherchez une aventure, un drame, un roman linéaire plein de rebondissements, alors vite, passez votre chemin ; Annie Ernaux n'écrit pas pour vous ! En revanche, si les usages du temps de vos parents (ou de vos grands-parents) vous intriguent, si vous aimez trouver les mots qui décrivent des sensations, des ambiances ; si vous aimez réfléchir sur les autres, et aussi sur vous-même, alors je vous enjoins à plonger tête baissée dans ses mémoires.

Dans « La honte », elle revient sur un épisode traumatisant de son enfance ; quelques minutes sans conséquences visibles, mais qui la hanteront encore et toujours. C'est là qu'elle prend conscience que sa vie est hermétiquement scindée entre l'enseignement d'excellence d'un côté, et l'épicerie familiale de l'autre. Elle encaisse alors de plein fouet la honte de se découvrir une vie de famille populaire, presque vulgaire en comparaison de l'exigence toute catholique de l'école privée. L'image de la mère apparai...

Lire la suite...

Appelez la sage-femme

L'histoire de l’obstétrique est loin d'être une découverte pour moi. Ce sujet m'est cher et j'en suis donc assez familière. Néanmoins, si cette autobiographie ne m'a rien appris que je ne savais déjà, je l'ai trouvée très bien construite et intéressante. J'ai grandement apprécié l'absence de moralisation, notamment sur les pratiques passées. Certes, la médecine a terriblement progressé au cours du siècle dernier, et Jenny Lee le sait puisqu'elle a vécu ces évolutions. Mais elle garde tout de même un regard ouvert sur ses jeunes années de sage-femme, allant jusqu'à s'interroger sur le bien fondé de certaines pratiques actuelles, et sur la dépossession de l'autorité des familles en matière de naissance.

Par ailleurs, plus qu'une simple histoire de sage-femme, ce récit témoigne des conditions de vies dans l'East-End londonien des années 50. Conditions de vies difficiles, parfois glaçantes tant la misère et la promiscuité étaient encore marquées dans certains quartiers. Le...

Lire la suite...

Replay

Il m'est arrivé une drôle d'aventure avec ce roman. Moi qui ne lit JAMAIS les avis ou quat' de couv' avant d'avoir lu un livre, je suis tombée tout à fait par hasard sur une critique Babelio et... sans savoir pourquoi je n'ai pu m'en détacher. Je l'ai lue en entier, et le lendemain j'étais en possession du bouquin que j'ai dévoré !

Dès la première page, dès la première ligne même, le héros Jeff meurt d'une crise cardiaque. Merci au revoir messieurs dames ! Heureusement pour le lecteur avide de sensations, ça ne s'arrête pas là ! Jeff rouvre les yeux quelques instants après sa mort, persuadé d'être quelque part entre le paradis et l'enfer... mais il se retrouve en fait dans sa chambre d'étudiant, propulsé 25 ans plus tôt ! Passé le choc de la prise de conscience, il va s'atteler à reconstruire sa vie, fort de sa connaissance des années à venir, et malgré l'étroitesse qu'un corps ...

Lire la suite...

La saison des mangues

Voici un roman étonnant, qui m'a sacrément agacée par certains côtés et charmée par d'autres.

Trois générations, trois histoires de femmes qui se ressemblent malgré leurs différences. Elevées dans une culture, elles deviennent femmes dans une autre. Radhika l'indienne, rapportée telle un trophée en Angleterre par un major humilié et aigri, Anita l'anglaise, de retour en Inde, et Mira la française émigrée en Afrique noire. Entre choc des cultures et métissages plus ou moins harmonieux, ces 3 femmes forment le c½ur vibrant d’un roman poétique, sur fond de mysticisme tribal. Un voyage presque chamanique aux parfums de curcuma, d'½ufs au bacon et de manioc grillé.

Malheureusement, j'ai ressenti autant de superficialité dans le traitement qu'il y avait de profondeur dans l'idée ! Les détails dans un roman sont pour moi tout aussi importants que le fond. Chaque petite incohérence me fait l'effet d'une piqûre de moustique. La première, on s'en rend à peine compte...

Lire la suite...

Nous sommes deux

Il est des livres qui vous appellent. Qui vous hypnotisent avec leur couverture, qui vous parlent avant même que vous ne les ayez ouverts. "Nous sommes deux" est de ces livres.

La gémellité m'a toujours fascinée (la faute certainement à ma grand-mère et ses deux « paires » de jumelles). Quel est ce lien étrange qui unit deux êtres ayant partagé un seul ventre ? Pour Axel et Emma, les jumeaux du récit, c’est une relation ambigüe. Entre adulation et haine, domination, dépendance et rébellion, ils fraient dans des eaux plus troubles qu’on ne pourrait le croire.

Ils sont deux donc, et ils vont se marier. Ensemble. Pas l’un avec l’autre bien sûr, mais simultanément. Comme si ce pas vers la dissociation leur coûtait tellement qu’ils devaient le réaliser à deux. Ensemble une dernière fois. Leur double mariage n'est cependant qu'un prétexte pour immerger le lecteur au c½ur d’un microcosme en plein...

Lire la suite...

La dernière fugitive

Autant le dire tout de suite, je ne partage pas l'engouement général pour ce roman ! Et pourtant, la communauté Quaker, l'émergence de la société américaine et les prémices de l'abolition de l'esclavage sont des sujets qui me parlent, et je me faisais une joie de plonger dans cette lecture.

J’admets que, comme toujours, Tracy Chevalier a su donner vie à ses décors. Que ce soit pour décrire les tissus chamarrés des quilts, le goût délicat du maïs grillé ou les bois sauvages et menaçants, son talent descriptif est indéniable.

En revanche, la structure simpliste de l'intrigue, les évènements convenus qui s'enchaînent sans surprises et les ficelles évidentes ont progressivement émoussé mon intérêt. Comprenez-moi bien, ce n'est pas le rythme lent ou l'absence de rebondissements spectaculaires qui m'ont fait défaut. Non, c'est bien plus ténu, plus impalpable que ça, et je suis bien en peine de mettre des mots sur ce ressenti ! D'ailleurs, si je savais ce qui donne de l...

Lire la suite...

Les nuits de Reykjavik

Agréable retour aux sources ! Non seulement on retrouve (enfin !) notre inspecteur islandais préféré, mais on en apprend un peu plus sur son passé. Enfin, on en apprend plus... on apprend surtout qu'Erlendur a toujours été Erlendur ! Même à vingt ans, il était déjà taciturne, solitaire et réfractaire à la modernité !

Entre deux patrouilles nocturnes, déjà obnubilé par les disparitions inexpliquées, notre jeune policier municipal enquête pour son propre compte. Une première enquête criminelle qui s'inscrit dans le côté sombre d'une société islandaise en pleine évolution, ouvrant avec brio la voie à la foisonnante carrière d'Erlendur.

L'auteur ne déroge pas aux codes qui ont fait son succès. Un rythme lent, un fort sujet sociétal, peu d'action et beaucoup de profondeur dans la psychologie des personnages. Encore un très bon cru d'Arnaldur Indriðason.

Les hirondelles de Kaboul

Ô Kaboul la millénaire ! Ô Kaboul la merveilleuse ! Qu’ont-ils fait de toi ? Une prison à ciel ouvert où les hommes sont devenus des bêtes et les femmes des fantômes. Un champ de ruines où la beauté est un péché, la joie un blasphème. Où la mort domine la vie.

Dans cet enfer sordide, quatre destins vont se nouer ; la tragédie se dessine, amère, bouleversante, inexorable. Yasmina Khadra a su saisir toute la détresse de ces humains qui se débattent sans même espérer reprendre pied, hébétés, submergés par l’absurdité de leur monde.

Une claque ! Tellement violente que je n’arrive pas à parler de coup de c½ur, même si je ne peux que vous encourager à vous lancer dans cette lecture nécessaire. En fermant ce livre, une question me hante, lancinante : Pourquoi en est-on arrivé là ?